Pour échapper à la canicule qui ne nous lâche plus depuis deux semaines, nous avions donc décidé, comme je vous le disais précédemment, d’aller nous mettre au frais, du dimanche soir au mercredi matin, dans la vallée de l’Ourika qui est, paraît-il, un havre de fraîcheur.
Encore faut-il y arriver.
Sur la route d’abord à quatre voies, puis à deux voies qui traverse la plaine s’étendant au sud de Marrakech jusqu’au pied de l’Atlas, la circulation est dense mais normale pour une fin de week-end. Mais quand nous attaquons la montée, nous avons l’impression d’avoir pris à contresens le rallye de Monte-Carlo. Sur la route en lacets, des véhicules se ruent vers la ville, ramenant chez eux des Marrakchis qui ont voulu profiter du frais jusqu’au dernier moment et qui à présent entendent arriver chez eux à temps pour le ftour. Ils dévalent la pente à toute allure, se dépassant les uns les autres au mépris des lignes blanches et des virages. On serre comme on peut un bas-côté pas toujours très engageant. Dans la traversée des villages, notamment du bourg d’Oulmès, la pagaïe est indescriptible. Les étals empiètent sur la chaussée, entourés de chalands affairés aux courses de dernière minute ; des véhicules de livraison, du camion à la charrette tirée par une mule, bloquent tantôt un côté tantôt l’autre de la rue, et toujours ce flot de voitures avalantes, aux chevaux-vapeur piaffant d’impatience sous les capots, transportant des passagers abrutis de faim et de soif qui poursuivent le mirage de la soupe harrera qui les attend en bas. Il nous faudra pratiquement une heure pour faire les 40 km qui séparent la plaine de Setti Fatima, où nous attend notre maison d’hôte, sans le loisir de vraiment admirer le paysage : il faudra pour cela refaire le trajet demain, au calme, car ce que j’en vois, entre deux poussées d’adrénaline, est plus qu’engageant.
Quand le soleil décline, la lumière oblique souligne les reliefs, accentue les contrastes et fait exploser les couleurs. Une végétation luxuriante couvre les pentes d’une montagne de teinte brun rouge foncé, entre autres des saules pleureurs si foisonnants qu’il a fallu en tailler certains dont les branches surplombent la route. La vallée est assez encaissée et la rive opposée à celle de la route très escarpée. Quelques villages s’y perchent, desservis par des ponts suspendus. Des guinguettes suspendues au-dessus de l’eau installent tables et chaises sous des tonnelles et même pieds dans l’eau au bord de l’oued. Ce sont le plus souvent des ponts suspendus qui relient une rive à l’autre.
Tout cela serait enchanteur, sans la pression insupportable que vous infligent, à Setti Fatima, où la route se termine en cul-de-sac, des rabatteurs particulièrement insistants dès que pointe le bout d’un pare-chocs : de manière impérieuse, ils vous intiment pratiquement l’ordre de vous arrêter sur tel parking, dans tel restaurant, ou de vous rendre aux cascades, n’hésitant pas à taper à la vitre ou sur le capot. Cette foire d’empoigne n’a eu pour résultat que nous faire fuir jusqu’à un resto un peu un aval où régnait un calme relatif : du moins avons-nous pu nous garer tranquillement et nous diriger de nous-mêmes jusqu’à l’établissement pour y passer notre commande.
Heureusement, nous avions notre bivouac dans un coin de paradis : Au bord de l’eau.
On est d'abord pris de vertige en haut de l'escalier, qui plonge vers le lit de l'oued comme au fond d’une mine : on songe à la valise qu'il va falloir descendre… puis remonter en fin de séjour. Mais tout va bien : Martine et Poulou, les hôtes, vous envoient un jeune Marocain athlétique qui se charge des bagages.
Par ce long escalier, ce n'est pas une descente aux enfers mais au paradis. On est d'abord accueilli par la frondaison d'un noyer centenaire à l'assaut duquel monte une glycine. Puis on découvre pruniers, figuiers, cerisiers, néfliers, lianes de kiwi, dont les fruits seront, selon la saison, servis à la table d'hôte.
Le jardin croît dans cette atmosphère ombrageuse et cascade de restanque en restanque jusqu'au lit de l'oued Ourika.
Dans cet Eden en miniature, seuls vous parviennent le murmure du torrent et les chants des oiseaux.
L'accueil des hôtes est à la mesure de ce cadre enchanteur. C’est Poulou qui, le soir, se met aux fourneaux et nous, nous nous léchons les doigts : que ce soit le tajine ou le magret de canard aux figues, ou encore la salade composée avec amour, il y en a pour tous les goûts. Les desserts sont le domaine de Martine et n’ont rien à envier aux plats qui les ont précédés.
Le soir venu, après l’excursion aux cascades et la foire d’empoigne que constitue la concurrence acharnée que se livrent les différents rabatteurs au grand dam du touriste, on savoure ce havre de paix, autour de l’apéro en commun au cours duquel hôtes et clients échangent leurs impressions de la journée.
« Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté. »
Tant et si bien que nous n’en avons pratiquement pas bougé. Un petit tour dans la vallée le lundi matin, notre petit resto tranquille pour les déjeuners et farniente au bord de l’eau le reste du temps.
Vous trouverez quelques photos dans l'album "Vallée de l'Ourika".